A Sainte Marie, les habitants sont attachés aux traditions. Les évènements sociaux ou familiaux sont fidèlement liés à des pratiques invoquant les esprits des ancêtres. La richesse et la variété de ces rites soulignent l'authenticité et la profondeur de l'identité culturelle saint-marienne. De plus, par son caractère insulaire, Sainte Marie s'est organisé pour ne dépendre que d'elle-même et a su trouver en elle les ressources pour se divertir. La simplicité, la créativité, la beauté et la spontanéité des danses et des chants saint-mariens permettent de se rendre compte de la joie omniprésente des habitants de l'île.
Tous ceux qui ont eu la chance de voir un jour le spectacle de danses et de chants traditionnels de l’association des jeunes de Vohilava ont certainement été touchés par l’aisance et la sincérité des gestes et des attitudes, la beauté des voix chantées, la joie et la simplicité de cette jeune troupe saint Marienne qui exprime à merveille le caractère virginal de l’île Nosy Boraha (nom vernaculaire de l’île Sainte Marie). La compagnie est encadrée par la respectable Charline, sage femme et masseuse tradi-praticienne du village de Vohilava. Celle ci officie à l’hôtel Soanambo et la qualité de ses massages est telle qu’elle à même inspiré des poèmes. Les chorégraphies, les textes et les costumes sont quant à eux le fait des jeunes dont les
créations sont en constante évolution. Les représentations de danses et chants traditionnels permettent des recettes qui sont par la suite redistribuées pour la scolarité (fournitures scolaires) de la vingtaine de membres de la petite association.
Le Morengy
Pendant certains jours fériés, lorsque le soleil déclinant commence à donner sa teinte orangée, on entend parfois une mélodie de rythmes énervés. Ces percussions indiquent aux alentours qu’un spectacle de Morengy va avoir lieu. Un cercle de spectateurs se forme alors spontanément autour du tonneau « la Barica » que percutent plusieurs joueurs. Un champion, parfois plusieurs, se mettent au centre du cercle, le poing levé, l’air fier. Si un combattant dirige ses deux poings fermé vers un autre : c’est le défi direct. Ce dernier n’a qu’à faire de même pour relever le défi.
Un arbitre croisera alors ses bras entre les lutteurs : ce sera le début
de la confrontation. Si le tam-tam s’arrête, le combat devra immédiatement cesser. La frappe des poings ou des pieds et la lutte ne durent jamais plus que quelques secondes. Les habitants de Sainte Marie sont d’un caractère calme. Ces luttes, livrées aussi bien entre hommes qu’entre femmes, sont des exutoires dont l’attrait principal réside dans la frime humoristique des champions.
Le Combat de zébu
Comme partout à Madagascar, le zébu occupe une place importante dans la société saint-marienne. Cet animal qui revêt un caractère sacré est synonyme d’aisance sociale. Et le combat de zébu est donc un moyen pour les propriétaires de mettre en évidence leur réussite. Organisé pendant les jours de repos, le dimanche ou les jours fériés, le jeu consiste en l’affrontement naturel de deux zébus mâles sur un vaste terrain dégagé. Avant l’évènement, les propriétaires se mettent d’accord sur les modalités du combat. Les organisateurs évitent que les animaux ne se blessent pendant le combat. Les cornes sont ainsi protégées et un arbitre doit surveiller la lutte pour qu’il n’y ait pas de blessures graves. La taille des animaux est jaugée, le lieu et la durée maximale de la lutte sont établis, enfin on s’accorde sur les conditions de la victoire. Aucun pari n’est pris sur l’issu du combat car le jeu doit conserver un caractère gratuit et divertissant. Le combat dure généralement une heure, sous les hourras des spectateurs et se termine souvent par la fuite de l’un des zébus.
Le Tsaboraha
Le Tsaboraha est une pratique traditionnelle répandue à Nosy Boraha. En permettant de grands rassemblements humains collaboratifs, cette cérémonie est un moyen de renforcer les liens sociaux. Durant les trois jours de son déroulement, le Tsaboraha requiert la participation de toutes les franges de la société. Après que la famille initiatrice ait obtenu l’autorisation des esprits ancestraux, hommes, femmes et enfants de la région se mettent à la tâche en participant activement à la préparation du rituel. A chacune des nombreuses étapes, d’importantes quantités de « Betsabetsa »
seront distribuées. Les hommes vont couper du bois que les enfants seront allés chercher dans les forêts environnantes. Les femmes trieront le riz. Les jeunes hommes du village procéderont
à une forme de tauromachie ; le « Tolon’omby » avec le jeune et robuste taureau marqué dune tache blanche au front. Une fois domptée la bête sera amenée au « Fijoroana », lieu sacré où il sera sacrifié le lendemain après une veillée festive et une recherche de l’arbre sacré pendant la nuit. Après la mise à mort, le corps du zébu sera partagé et préparé pour le festin qui peut parfois rassembler 1000 personnes. Le sacrifice de l’animal est toujours motivé par une cause bien fondée qui sera expliqué par le « Tangalamena », le chef de la communauté.
Le Tromba
Au cours d’un rituel spécifique et secret, une personne douée pour l’invocation, le «tromba » se voit régulièrement possédée par des esprits bienfaiteurs rémanents. Véritable vecteur sacré,
le « tromba » est alors capable de diriger les rites importants du village. Ces mediums sont consultés afin de communiquer avec les ancêtres. Pour incarner complètement le personnage, Le médium adopte les particularités de comportements et de langage ainsi que les goûts de la personne réincarnée. De la même manière, le tromba revêt pendant la possession l’habit caractérisant l’ancêtre. Ainsi, l’un des Tromba du village de Vohilava, incarnant un marin noyé par un bénitier, se couvre d’un chapeau au pompon rouge et
d’une tunique marinière lorsqu’il est possédé.
Fady et lieux sacrés
A Sainte Marie, le culte des ancêtres donne lieu à la cérémonie festive d’"Okatrarana". Ce rite ancestral consiste en l'exhumation et la remise en terre des restes mortels d'une personne aimée de la famille. Ainsi, comme partout ailleurs à Madagascar, le cimetière est un lieu important et particulièrement sacré.
Selon les croyances saint-mariennes, les « Razanas» ou esprits des ancêtres sont à l’origine de tous les évènements qui se présentent dans la vie. Il est par conséquent très important d’accorder foi à leurs voeux. Ces exigences ancestrales expliquent la présence de nombreux lieux sacrés à Sainte Marie dont il convient de respecter les « fady » ou tabous. Si le non respect intentionnel de ses « fady » serait à l’origine de conséquences mauvaises, le fait de passer outre ses interdictions sans le
savoir n’aurait aucun effet néfaste. A l’île aux Nattes, il y a des
lieux qu’il est défendu de fréquenter le mardi et le jeudi.
Tous les villages de sainte Marie sont dotés d’un
lieu sacré, le « Tany masina » où l’on effectue les
rites reconnaissables grâce à la présence d’un
petit drapeau blanc. Le site des piscines
naturelles est lui aussi un endroit « fady ».